Chaque individu possède une signature olfactive unique, façonnée par le microbiote cutané, la sueur et les composés volatils émis par la peau. Ces odeurs invisibles jouent un rôle central dans l’attraction des moustiques, qui détectent certaines molécules produites par les bactéries cutanées.
Comprendre comment le microbiote métabolise les sécrétions corporelles et génère des signaux olfactifs permet d’expliquer pourquoi certaines personnes sont piquées bien plus que d’autres. Cet article explore les mécanismes biologiques, les études récentes et les perspectives pour manipuler ces phénomènes à notre avantage dans la lutte anti-moustiques.
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Le rôle du microbiote de la peau dans l’odeur corporelle
Qu’est-ce que le microbiote cutané ?
Le microbiote cutané désigne l’ensemble des micro-organismes qui peuplent notre peau : bactéries, levures, champignons ou acariens microscopiques. Chaque centimètre carré abrite entre 10⁴ et 10⁶ bactéries selon les zones du corps. Leur composition dépend de la génétique, du sexe, de l’alimentation et du climat.
Ce microbiote n’est pas un simple passager : il interagit avec le film hydrolipidique et module directement les odeurs corporelles. Certaines espèces comme Staphylococcus epidermidis ou Corynebacterium dégradent les acides gras et produisent des composés volatils responsables d’odeurs caractéristiques, parfois irrésistibles pour les moustiques.
De la sueur au parfum : comment les bactéries transforment les sécrétions
La sueur humaine, à elle seule, est inodore. Ce sont les bactéries du microbiote cutané qui transforment les sécrétions en une symphonie d’odeurs : acides carboxyliques, alcools, aldéhydes et composés soufrés.
Les recherches montrent que les personnes émettant davantage d’acide isovalérique ou de 3-méthyl-1-butanol attirent beaucoup plus les moustiques Anopheles gambiae. Ces métabolites, issus de la dégradation bactérienne, sont de véritables signaux chimiques.
Plus la diversité bactérienne est faible, plus l’odeur devient uniforme et reconnaissable pour les insectes — une signature olfactive que les moustiques apprennent à repérer.
Ainsi, le microbiote cutané agit comme un compositeur d’odeurs corporelles. Cette partition invisible oriente déjà les moustiques dans leur choix avant même qu’ils ne perçoivent le CO₂ ou la chaleur du corps.
Composés volatils cutanés (VOCs / mVOCs) : les signaux olfactifs qui attirent les moustiques
Le microbiote cutané produit une mosaïque de composés volatils organiques (VOCs) formant la base de notre odeur corporelle. Ces molécules, invisibles mais puissantes, se dispersent dans l’air et deviennent des indices olfactifs pour les moustiques. Leur sensibilité est extrême : certains VOCs sont détectables à des concentrations infimes.
Chaque individu exhale un “nuage chimique” unique, influencé par sa flore bactérienne et ses sécrétions. Ce nuage agit comme une carte d’identité olfactive, capable d’attirer ou de repousser selon les espèces de moustiques.
Classes chimiques des composés attractifs
Les acides carboxyliques (acide butyrique, isovalérique), certains alcools (1-octén-3-ol) et des aldéhydes issus de la sueur comptent parmi les plus puissants attractants.
Les bactéries du microbiote cutané, en métabolisant la sueur, transforment les lipides et les protéines en ces molécules odorantes. Certaines, comme Corynebacterium tuberculostearicum, en produisent davantage, augmentant ainsi la susceptibilité individuelle à la piqûre.
Études liant composés volatils et attraction des moustiques
Des études menées en Afrique de l’Est ont montré que les volontaires dont la peau émettait des niveaux élevés d’acide pentanoïque attiraient jusqu’à 2,5 fois plus de moustiques qu’un groupe témoin.
À l’inverse, des molécules comme le heptanal ou le nonanal, associées à une plus grande diversité microbienne, semblent repousser légèrement les insectes. Ces variations montrent que la composition du microbiote cutané influence directement la quantité et la nature des composés volatils cutanés émis.
Comme une partition olfactive que seuls les moustiques savent lire, ces signaux chimiques révèlent nos différences biologiques.
Variabilité interindividuelle : pourquoi certaines personnes attirent plus les moustiques
Personne n’exhale exactement la même odeur corporelle. Cette variabilité olfactive provient en grande partie du microbiote cutané, dont la composition diffère radicalement d’un individu à l’autre. Certaines peaux hébergent plus de Corynebacterium, d’autres davantage de Pseudomonas ; ces différences modifient le profil de composés volatils et donc l’attraction des moustiques.
Des travaux menés à l’Université Rockefeller ont révélé que les personnes produisant beaucoup d’acides carboxyliques C6-C10 attiraient jusqu’à 100 fois plus de moustiques Aedes aegypti que les autres. Ces molécules, issues du métabolisme microbien, forment une odeur persistante et reconnaissable.
Rôle de la diversité bactérienne
Un microbiote cutané riche et équilibré semble moins attractif. Les microbiotes pauvres, dominés par peu d’espèces, produisent des odeurs uniformes, donc plus faciles à identifier par les moustiques.
L’alimentation, l’hygiène, le stress, la transpiration et même les cosmétiques influencent aussi le microbiome de la peau et donc l’intensité de l’attraction olfactive.
Chez les sportifs, la combinaison chaleur + CO₂ + métabolites issus de la sueur crée un signal olfactif amplifié, expliquant pourquoi les moustiques semblent parfois “adorer” les peaux échauffées.
Cette orchestration subtile entre microbes, sueur et comportements humains façonne notre signature chimique — et pourrait un jour devenir modulable à volonté.
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Vers des stratégies de manipulation du microbiote pour repousser les moustiques
La recherche explore désormais une approche novatrice : manipuler le microbiote cutané pour réduire l’attraction des moustiques.
Plutôt que de masquer les odeurs, les scientifiques tentent d’agir directement sur les bactéries cutanées responsables des composés volatils attractifs. Des essais préliminaires ont montré qu’ajouter certaines souches probiotiques sur la peau pouvait réduire jusqu’à 40 % la production d’acides carboxyliques.
D’autres équipes testent des bactéries modifiées capables de libérer naturellement des molécules répulsives comme le géraniol ou le citronellal.
Limites, défis et perspectives
Modifier le microbiote cutané humain reste complexe : stabilité des souches, compatibilité entre individus, sécurité dermatologique.
Certaines pistes consistent à appliquer des prébiotiques cutanés qui favorisent des bactéries moins productrices de VOCs attractifs, transformant ainsi la peau en barrière biologique répulsive.
Ces recherches ouvrent la voie à une stratégie de protection vivante, fondée sur le dialogue entre microbes et peau : non plus tuer les moustiques, mais changer le message chimique qu’ils perçoivent.
Applications pratiques : que peut-on espérer / faire dès aujourd’hui ?
En attendant que la science rende possible la modulation ciblée du microbiote cutané, certaines habitudes peuvent déjà réduire l’attraction olfactive :
- Maintenir une hygiène cutanée équilibrée, sans excès de savons antibactériens ;
- Préserver un microbiote sain grâce à une alimentation variée et riche en fibres ;
- Éviter les parfums sucrés et les déodorants contenant des molécules proches des VOCs attractifs ;
- Utiliser des répulsifs naturels à base de citronnelle, d’eucalyptus citronné ou de géraniol ;
- Porter des vêtements clairs et amples, limitant les signaux thermiques et olfactifs détectés par les moustiques.
Une peau bien hydratée émet également moins de composés soufrés, souvent très attractifs. Ces gestes n’altèrent pas profondément le microbiote, mais ils affaiblissent la signature olfactive qui attire les insectes.
Demain, ils pourront devenir la base d’une stratégie anti-moustique biologique, combinée à des solutions technologiques comme celles développées par Mosquizen.
Transformer sa signature olfactive : la nouvelle frontière anti-moustique
Nos odeurs corporelles, façonnées par le microbiote cutané, déterminent notre vulnérabilité face aux moustiques. Comprendre cette interaction intime entre bactéries et composés volatils ouvre la voie à une protection biologique intelligente.
En attendant que la science permette de remodeler notre microbiote, les solutions Mosquizen offrent déjà une défense concrète, écologique et durable : bornes anti-moustiques, diffuseurs à attractifs contrôlés, dispositifs sans insecticide respectueux de l’environnement.
En agissant sur l’environnement plutôt que sur le corps, elles prolongent cette idée : mieux comprendre la biologie pour mieux s’en protéger.
Le combat contre les moustiques se joue désormais à la frontière du vivant — entre la chimie de notre peau et la technologie Mosquizen.